“Humaniser la Vie” : 40 années dans l’Argentine du Pape François

Claude Faivre-Duboz, prêtre fidei donum, raconte dans “Humaniser la vie” (Karthala, 2017) quarante années de sa vie en Argentine auprès des pauvres.  De retour en France en 2013, au moment de l’élection du Pape François, il découvre alors avec surprise un nouveau visage du Cardinal Bergoglio, qui opère un virage totalement inattendu. Nous lui avons demandé de présenter son parcours.

Claude Faivre-Duboz et Nelly Evrard, auteurs de “Humaniser la vie” (Karthala)

 

Depuis mes premiers pas de prêtre dans l’Église plutôt traditionnelle du Maroc, jusqu’à mon implantation en Argentine parmi des populations appauvries et abandonnées, ma perception de l’Église et de son rôle dans le monde a changé du tout au tout. Son côté institutionnel, son décorum, sa richesse et sa puissance, surtout sa désincarnation, me sont devenus de plus en plus insupportables au fur et à mesure que je découvrais la désespérance et aussi l’espérance du peuple argentin. Ce sont finalement les plus pauvres ─ et non le dogme qu’on m’avait enseigné ─ qui m’ont appris, je crois, l’essence de l’Église et de mon sacerdoce.

Mon chemin a été jalonné de temps forts, de rencontres, de prises de conscience, que je considère comme des passages, comme des « charnières » dans ma vie.

Trois, dont je parlerai plus en détail dans cet ouvrage, ont particulièrement orienté mon existence :

  • Le service militaire, en 1955, fut pour moi une véritable bouffée d’oxygène après l’enfermement au petit puis au grand séminaire de Rabat. Malgré les dangers liés à la guerre en Algérie à laquelle j’ai participé, je me sentais libre, je me faisais des amis, certains pour toujours. Je vivais la fraternité hors de tout formatage. Ce fut un bain d’humanité revigorant, salutaire.
  • Bien plus tard, en 1980, lors d’une formation, au Brésil, j’ai fait une découverte essentielle qui me servira de boussole toute ma vie : « L’option préférentielle pour les pauvres », expression issue du courant de la « Théologie de la libération », qui ne consiste pas seulement à aider les plus démunis, mais à agir avec eux sur les causes de leur misère.
  • Un troisième temps fort a bouleversé ma vie. Ce fut ma rencontre, en 1985, avec Nelly Evrard, co-auteur d'”Humaniser la vie”. Nous avons vécu comme frère et sœur, un peu à l’image de Claire et François d’Assise. Elle m’a conforté dans mon statut de prêtre. Je crois que sans cette rencontre, ni Nelly ni moi ne serions allés aussi loin dans notre engagement.

De retour en France, nous avons été encouragés à écrire ce livre. Nous avons voulu montrer que ce que nous avons réalisé avec le peuple argentin, souvent à contre-courant du dogmatisme d’une partie de l’Eglise, est reproductible partout dans le monde.

Par ailleurs, lorsque nous avons appris que le pape élu en mars 2013, n’était autre que le cardinal jésuite de Buenos Aires, nous avons ressenti une vive inquiétude. Nous n’avions pas une bonne opinion de lui. Raison de plus d’écrire pour faire entendre notre « son de cloche ». Or, notre vision du pape François a grandement évolué depuis son élection…

Lorsque Nelly est décédée, en septembre 2014, j’ai eu à cœur d’aller seul au bout de cet ouvrage. Celui-ci rend compte d’une double libération. Celle de l’Église d’Amérique Latine qui a fini par suivre la proposition du concile Vatican II et celle de deux êtres humains qui tentent de mettre en pratique la Théologie de la libération dans leur chemin de vie personnel d’abord, commun ensuite.

Claude Faivre-Duboz

Pour aller plus loin

À lire : Humaniser la vie : 40 ans en Argentine, Ed. Karthala, coll. Signes des temps, 2017. Préface de Luis Martinez Saavedra, théologien chilien, Professeur à l’Institut national Lumen Vitae (Namur).

À noter : Claude Faivre-Duboz habite dans la région lyonnaise. Il est prêt à se déplacer à l’invitation de groupes d’Amis de La Vie et de leurs partenaires pour susciter une réflexion sur ce que signifie l’option préférentielle pour les pauvres. Nous contacter à l’adresse suivante : amisdelavie@lavie.fr