Paul Malartre, notre ami

Paul Malartre, notre ami

©Michel Gasarian

Paul Malartre, président de l’association des lecteurs de La Vie, nous a quittés la veille de la Pentecôte. Hommage et gratitude à un homme du souffle et de la confiance. A un ami.  

Une silhouette un peu trapue, à peine un sourire espiègle, un étonnement malicieux dans le bleu délavé du regard. Paul Malartre, c’était d’abord une présence. Une disponibilité totale à son interlocuteur, un talent pour faire émerger le meilleur de chacun, une lenteur assumée dans le débit. Paul Malartre, c’était surtout une parole. Notre ami s’est éteint samedi 30 mai suite à un combat épuisant contre un cancer agressif découvert il y a exactement une année. Après un mois à l’hôpital, trop de temps sans visite pour le protéger du coronavirus, il a passé ses derniers jours chez lui, à Saint-Etienne, présent à lui-même et entouré par son épouse Geneviève, ses quatre enfants, ses petits-enfants, porté par les messages de confiance qui arrivaient de toutes parts.

Qui a eu l’idée de lui demander s’il voulait bien se présenter à la présidence des Amis de La Vie ? Huit ans après, nous sommes plusieurs à la revendiquer. En tout cas, c’était bien vu. Paul Malartre était ce qu’on appelle une personnalité – pour ne pas dire une star- dans le milieu de l’enseignement catholique dont il fut le Secrétaire général, estimé par cinq ministres de l’éducation successifs, entre 1999 et 2007. Mais auprès de nos lecteurs, il lui a fallu faire ses preuves !

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Plus jamais ça ! Préparons la refondation

Par Bernard Huguies, ami de La Vie en Gironde.

L’arrivée du Covid-19 dans nos vies et dans  notre système mondial nous a contraints à vivre un rythme différent pendant deux mois. Ce fut une opportunité, pour ceux d’entre nous qui étaient en bonne santé et dans des conditions de logement faciles, de réfléchir sur nos modes de vie, et sur la suite à donner au niveau personnel et au niveau interpersonnel : reprendre vite et intensément le même chemin, ou mettre cette circonstance à profit pour opérer un changement de cap ?

Qui suis-je ? Un retraité qui ne se résout pas à l’inutilité sociale, et qui pense qu’il doit/peut encore contribuer à la marche de la société, en gratitude de ce qu’il reçoit d’elle : pour avoir accompagné de nombreuses personnes et des groupes très divers dans plusieurs « provinces » de notre belle Planète, j’ai souhaité proposer une réflexion correspondant à ce que le Pape François  a indiqué dans « Laudato Si » : un développement humain intégral, de tout l’humain et de tout humain. C’est à partir d’une vie professionnelle riche de ces rencontres et travaux partagés que je vous propose ce texte : non pas une proclamation bien équilibrée ni close, mais une taquinerie provocante à disposition de groupes qui réfléchissent et agissent « en service ».

Considérant qu’il est encore important, même après 70 ans, de rester en service en ayant conscience de notre fragilité (qui nous est rappelée tous les jours et sur tous les tons !), j’ai souhaité mettre par écrit quelques réflexions. Le jaillissement actuel de plusieurs propositions convergentes, issues de groupes et personnalités de divers horizons, montre aussi l’utilité de ce débat « politique » au sens du « souci de la cité » ; ces propositions ont des objectifs nobles, qui demandent à être regroupées pour exercer une pression efficace sur les décideurs politiques et économiques, afin de leur éviter de revenir vers un logiciel qui a démontré combien et comment il  nous conduit à une impasse, tant au niveau local qu’au niveau mondial, et au niveau écologique comme au niveau sociétal.

Aujourd’hui, où nous sentons que la sortie de crise se profile à un horizon de quelques semaines, il apparait urgent de préparer un changement, une mutation dans les modes fondamentaux de pensée et d’action pour la gouvernance de nos sociétés, et ceci au plan local comme au plan global. Les suggestions rassemblées dans ce texte croisent plusieurs perspectives :

  • A) Remettre la pyramide à l’endroit, redonner du sens à nos vies…

La première chose à retrouver est le sens de l’Humain, et de sa place sur la Planète, avec 2 dimensions absolument reliées : le plan personnel – pas celui d’un individu libre et déconnecté de son intériorité et des « pourquoi » (et hyper-connecté par la technologie aux « comment ») – mais celui d’une personne et de sa dignité ; et le plan relationnel, celui de la personne reliée aux autres Humains, et reconnectée à la Nature parce qu’en faisant partie intégrante. Plusieurs courants de pensée peuvent nous aider à retrouver et approfondir ces dimensions : le « Buen Vivir Juntos », comme appel à  Vivre Dignes et Prendre soin ; les 4 ontologies et les 6 modes gradués de relation ; la Gouvernance des Biens Communs… Ce sont des contributions intéressantes pour nous aider à reconstruire un développement humain intégral !

Ceci passera aussi par une étape de clarification : retrouver le goût des mots authentiques, pas ceux du « communicationnel » distordant ! Durant cette période, nous avons pu mesurer, car nous étions « abreuvés », pour ne pas dire « saturés », d’informations : au milieu de ce flot, des éléments plus ou moins vrais ou utiles. Ceux-ci nous ont-ils aidés à comprendre et à réfléchir ? Un autre aspect de ce monde « communicationnel » a été aussi celui de la promotion de la relation intermédiée par la technologie : de bons et beaux outils, lorsqu’il s’agit d’instaurer des échanges respectueux et bienveillants entre Humains. Par contre, l’appellation de « Réseaux sociaux » me parait largement usurpée, et comme un témoin de la capacité de distorsion de la signification, dont fait preuve « le monde marchand et intrusif des technologies et firmes de communication », qui savent se rendre indispensables bien au-delà de l’utile, en nous noyant sous le futile !

  • B) Sortir du duopole Marché ó Etat, qui exclut la majorité, réduite à n’être que des supplétifs, des soutiers…

Remettre la pyramide des priorités à l’endroit signifie reprendre le classement instauré depuis plusieurs décennies : la priorité, prise par le financier et l’économique sur le politique et les autres domaines, a montré sa réalité lorsqu’il s’est agi de répondre à la pandémie sur le registre sanitaire !

Sur quelle éthique partagée s’appuyer désormais pour que l’éthique inspire le politique, lequel doit prendre en considération l’écologique et le social, comme aussi le territorial, avant de décider ?

« Ceux qui pensent possible une croissance infinie dans un monde fini sont des fous… ou des économistes. »  Nicolas GEORGESCU-ROENTGEN 

Un autre aspect à considérer est la prédominance d’une « Economie informelle », qui est plutôt une « économie externalisée et précarisée », pour une majorité de personnes dans le Monde, chez nous comme ailleurs : une forme d’économie qui contribue par ses activités à la prospérité générale, mais dont les acteurs sont exclus des rétributions et sécurités justes, liées à leurs services rendus. La question soulevée des « inégalités » s’alimente à cette forme de mal-traitance, plutôt que de sous-traitance !

  • C) Démocratie participative, pas formelle, ni dirigée… depuis la base, non depuis en-haut !

Nous avons la chance de vivre dans une Europe en paix depuis 70 ans ; mais nous avons aussi le devoir d’exiger que la construction de cette Europe ne soit pas réservée aux marchés et aux marchands. Cette exigence que nous devons manifester, et qui doit être prise en considération par les dirigeants, monte de la base, c’est-à-dire des nations et peuples qui composent cette Europe, et qui ont autant de légitimité que les puissants à orienter son destin, le leur aussi !

Cette exigence de démocratie participative s’exprime fréquemment ; elle est peu entendue, alors qu’elle n’a rien à voir avec du populisme ou de la petitesse d’esprit. Elle manifeste plutôt une grande et noble considération envers « le politique ». Elle s’appuie sur un tripode, constitué de 3 bases : les acteurs ou populations ; les territoires, espaces à co-gérer ; les ressources à partager. A partir de ce tripode, se dégagent des enjeux qui fondent le politique, et se diverses déclinaisons.

  • D) Solitaires ou Solidaires, tel est le choix qui s’offre à nous !

«Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir ensemble comme des idiots!» Martin Luther KING. Cette phrase sonne particulièrement juste aujourd’hui en sortie de déconfinement, et de reprise des activités sociétales : saurons-nous la mettre en œuvre ?

Bernard HUGUIES, Saint-Laurent Médoc, mai 2020

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L'université d'Assise est repoussée en juin ou octobre 2021

Un calendrier à repenser

L'université d'Assise est repoussée en juin ou octobre 2021
L’université d’Assise est reportée en juin ou octobre 2021

Chacun s’en doute : l’épidémie aura des conséquences sur les rassemblements nationaux proposés par les Amis de La Vie. Il est temps de partager les informations dont nous disposons sur un calendrier forcément chamboulé.

L’université d’Assise pour commencer. Avec 150 inscrits à la veille du confinement, plus de la moitié des places avaient été réservées sept mois avant l’événement. Prévue du 17 au 22 octobre prochain, l’université est repoussée à 2021, du dimanche 26 septembre à 17H au vendredi 1er octobre après le petit-déjeuner. Nous avons du prendre cette décision rapidement, en fonction de plusieurs paramètres, en particulier la disponibilité de nos intervenants. La maison franciscaine qui nous accueillera à Sainte-Marie des Anges n’est malheureusement pas libre pendant les vacances de la Toussaint 2021, ni durant aucune autre période de vacances scolaires.

La décision de ne pas aller à Assise dès cet automne a été prise à regret mais elle est sage. Difficile de solliciter des conférenciers dans ce contexte d’incertitude et d’envisager réunir 300 personnes masquées et inquiètes. L’acompte déjà versé sera remboursé à tous les inscrits d’ici quelques semaines.

L’assemblée générale de l’association, ensuite. Prévue initialement fin mars, elle a été reportée au 15 mai, puis au 26 juin. Stop ! Le bureau de l’association s’est résolu à programmer une AG par vidéo-conférence le 11 septembre. Celle-ci sera réduite à son aspect statutaire et au vote des adhérents. Nous travaillons actuellement à la préparation technique et juridique de cette rencontre où seront conviés tous les membres à jour de leur cotisation. Un nouveau CA sera bien élu à cette occasion. L’assemblée générale 2021 aura de nouveau lieu à la fin mars, en espérant qu’elle retrouve sa dimension conviviale et soit l’occasion de joyeuses retrouvailles avec la rédaction au nouveau siège du Monde, gare d’Austerlitz.

Vos adhésions enfin. Notre lettre semestrielle aux adhérents a pris beaucoup de retard mais elle devrait vous arriver fin juin avec un bulletin indiquant notre nouvelle adresse postale. En attendant, vous pouvez toujours adhérer en ligne. Plus que jamais, ceux qui animent cette vivante et originale communauté de lecteurs ont besoin de votre soutien.

Dominique Fonlupt

Cultiver nos liens à distance

En ces temps où la prudence est requise, des groupes locaux utilisent des outils en ligne pour faire rester en contact et poursuivre leurs échanges.

La rencontre devait se tenir le 21 mars dernier à l’université catholique de Lyon et se poursuivre par un repas. Elle a finalement eu lieu par vidéo-conférence le samedi 2 mai. Des Amis de La Vie du Rhône et une dizaine d’étudiants africains au Centre International d’Etudes pour le Développement Local (CIEDEL) ont participé à un échange de deux heures chaleureux et profond par écrans interposés, cassant l’isolement de personnes confinés dans des conditions très différentes : les uns en chambre universitaire à 5000 km de leur famille, les autres dans des logements plus confortables, seuls ou en couple.

Cette expérience de discussion en ligne, d’autres groupes l’ont tentée ou projettent de la vivre. Nous nous rendons à l’évidence : la nécessaire distance physique n’est pas une parenthèse qui sera bientôt refermée. Le défi de notre association est en effet le suivant : comment cultiver sans partager le pain et le sel les liens patiemment tissés pendant de longues années au sein des groupes locaux des Amis de La Vie ? Alors, on se lance, on tâtonne, on apprivoise la technique et – miracle !- quelque chose se passe.

Le groupe de lecteurs de Canet dans le nord de l’Hérault s’est donné rendez-vous le 23 avril sous la forme d’une conférence téléphonique qui a permis l’expression d’une douzaine de personnes. Son succès a encouragé les Amis de Montpellier à les imiter le 6 mai dernier. Le secret : un animateur attentif, des participants disciplinés et un ordre du jour bien préparé. Echanges de nouvelles personnelles, premières réflexions sur cette situation exceptionnelle, sur la présence et la mission de l’Eglise dans ces circonstances. « Nous avons fait le plein, raconte Colette Hédon, de Montpellier. Dix-sept personnes pour une réunion de deux heures avec une bonne qualité d’écoute. Les deux groupes ont prévu une nouvelle rencontre virtuelle en juin.

Les Amis de La Vie du Loiret prévoient une vidéo-conférence le mercredi 27 mai pour échanger sur l’expérience personnelle de chacun durant le confinement, à partir d’une série de questions. « Nous avons volontairement choisi un angle personnel car il semble impossible en une seule rencontre de tout aborder, l’intime et le collectif, indique Marie-Françoise Jacques-Natali, correspondante du groupe. L’aspect plus collectif fera  l’objet d’un autre rendez-vous ».

Quant au groupe du Rhône, le succès de la rencontre avec les étudiants africains lui a donné une idée : le jeudi 28 mai à 17H, ils ont convié Jean-Pierre Denis, échanger les lecteurs de la région par vidéo-conférence. Pour y participer, inscrivez-vous par courriel (mhdbarbier@free.fr).

D’autres groupes font vivre leurs liens en s’échangeant de simples coups de fils et en partageant de riches lettres de confinement. Et certains ont même l’audace d’imaginer se retrouver dans un jardin un jour de soleil, en zone verte !

Dominique Fonlupt

Des projets malgré l’incertitude

Des projets malgré l’incertitude

Le nouveau siège de La Vie, sur les voies de la gare d’Austerlitz

L’assemblée générale des Amis de La Vie est repoussée au 26 juin mais il faut envisager son report au vendredi 11 septembre en fonction de l’évolution de l’épidémie.

Déjà plus d’un mois que les membres de l’association des lecteurs du journal ne communiquent plus que par internet et par téléphone. Merci à tous ceux qui donnent des nouvelles et en prennent, nous écrivent, s’échangent les textes nourrissants qui circulent abondamment. Nous le vérifions une fois de plus, les Amis de la Vie deviennent généralement des amis tout court.

Le 18 mars, nous annoncions dans ces pages que l’Assemblée générale de l’association des lecteurs serait maintenue le 15 mai. Même en imaginant l’assouplissement progressif du confinement, il serait bien téméraire de prévoir un rassemblement dans un mois, dans le nouveau siège du journal où la rédaction n’est toujours pas installée. D’ailleurs, quand vous serez libres de rendre de nouveau des visites, votre priorité ne sera pas de prendre un train pour la capitale ! C’est pourquoi, nous avons réservé le nouvel amphithéâtre du Monde pour le vendredi 26 juin de 10H à 17H. Mais nous avons aussi posé une option pour le vendredi 11 septembre, au cas où la fin juin soit prématurée. Vous me suivez ? En résumé : pour l’AG, notez les deux dates dans votre agenda. Quant à l’université d’Assise du 17 au 22 octobre, nous poursuivons vaillamment sa préparation. La crise que nous vivons est au cœur du sujet : « Nous habitons la terre… »  Déjà 170 inscrits à sept mois de l’événement. Il reste 30 places en chambre triple. 50 places sont réservées jusqu’au 1er juillet pour ceux qui voudraient participer également au voyage à Rome et Assise marquant les 75 ans de La Vie. Elles seront ensuite attribuées par ordre d’arrivée sur la liste d’attente. L’université 2020 aura-t-elle lieu ? Nous avons jusqu’au 30 août pour prendre la décision. On apprend finalement assez vite à s’adapter à l’incertitude.

Dominique Fonlupt

Après l’épidémie, penser la crise, imaginer l’avenir

Quelques réflexions sur ce que provoque la pandémie de coronavirus proposées par Jean-Claude Devèze animateur de l’Observatoire citoyen de la qualité démocratique, créé par le Pacte civique. Réflexions assorties d’une série de questions dont les groupes d’Amis de La Vie pourront s’emparer pour leurs futurs débats.

En cette période de confinement, nous sommes appelés à penser et encore libres de le faire. Pour partager nos réflexions, il est utile de sérier les domaines selon les processus concernés et leur temporalité. Il est donc proposé ci-après mes réflexions, centrées sur cinq thèmes, en vue de pouvoir ensuite dégager des questions et des propositions à mettre en discussion et des points de controverse.

  1. Les mesures collectives à prendre pour enrayer la pandémie

Le premier sujet est celui de la discipline et de la responsabilité citoyenne face à la pandémie à tous les niveaux géographiques (local, français, européen, mondial) et dans chaque communauté, institution et organisation.

Ensuite il se pose de multiples questions sur les mesures prises (confinement total du pays ou partiel, opportunité de multiplier les tests et de mieux suivre les contacts antérieurs à la découverte de la positivité, protections pour les travailleurs essentiels, pression sur les salariés ayant des gardes d’enfant, impossibilité d’aller enterrer un proche, vente en direct ou sur les marchés devenues impossibles, etc.). Enfin, il se pose de multiples points sur lesquels discerner et des problèmes éthiques : la poursuite de l’assistance aux SDF et aux migrants, le choix entre personnes à sauver faute de capacités hospitalières, les visites dans les EHPAD et les prisons, etc.

Questions proposées :

Quels problèmes posent une discipline citoyenne imposée par le haut ? Comment les citoyens ont été associés à la gestion de la crise ? Jusqu’où la transparence de toute  l’information ?

Quelles mesures prises nous posent problème ?

Comment les politiques vont s’unir dans la durée face à l’épreuve ?

Comment fonctionne la coopération européenne et mondiale ?

En quoi chaque culture est porteuse de réactions différentes à l’épidémie[1] ?

Pistes de travail :

A côté d’un comité scientifique, il devrait être mobilisé un panel de citoyens et d’élus qui seraient informés et consultés.

L’OMS étant d’une efficience insuffisante face à une pandémie aux multiples répercussions, une instance de coordination internationale de la crise mondiale devrait être créée pour mettre de l’ordre dans l’information et les éléments d’expertise, pour faire le point des bonnes pratiques et des normes à respecter, pour proposer des solutions adaptées à la diversité des situations, pour organiser la solidarité

  • La façon personnelle et familiale de gérer le confinement

Mon épouse et moi, nous nous levons plus tard et avons moins d’appétit faute d’exercice.

Nous écoutons les témoignages, ceux négatifs sur les conséquences du confinement (personnes fragiles psychologiquement qui tournent en rond, personnes inquiètes de ne pouvoir pas régler des problèmes médicaux considérés non urgents, conflits familiaux sur la façon d’accueillir ceux en demande d’accueil ou de visites par rapport à la nécessité de se protéger, etc.), ceux positifs (créativité pour rester en relation, humour, propositions des enseignants pour leurs élèves, initiatives type applaudir à 20H les soignants, gestes de solidarité,  etc.).

Nous notons divers problèmes qui rendent difficiles le confinement : l’enfant roi supporte mal les contraintes, l’écran à la maison l’enfermant encore plus dans un monde individualiste recourant à des réseaux virtuels ; le couple moderne où on équilibre toutes les tâches entre mari et femme est mis au défi de l’altruisme serviable et aimant ;  les familles dans des espaces réduits souffrent, etc.

Questions proposées :

Comment mettons-nous à profit le temps disponible ?

Quels comportements, pratiques inutiles et gaspillages nous ont alertés pendant cette période de retrait permettant d’observer ce qui nous choque ?

Quel nouvel équilibre de vie nous trouvons ?

Ce qui nous aide pour surmonter peurs et découragements ?

Quels conflits familiaux sont apparus ?

Quelles inquiétudes ont surgi ?

Des approches spirituelles et/culturelles nous ont-elles aidés à surmonter l’épreuve ?

Cette pandémie nous semble-t-elle un bien ou un mal pour le changement des mentalités de chacun ? Nous aide-t-elle à privilégier l’essentiel dans nos vies ?

Pistes de travail :

Promouvoir tout ce qui favorise le partage des témoignages et d’affections.

  • Le diagnostic du monde qui a favorisé l’émergence du virus et sa diffusion

Il est indispensable de faire un diagnostic partagé de ce que le coronavirus nous a appris avant d’envisager l’après pandémie.

La pression énorme que nous exerçons sur notre planète et ses systèmes complexes, avec de multiples interactions et interconnections, est sans précédent. Nous avons accepté de conduire une croissance trop rapide et mal maîtrisée en nous emparant des ressources énergétiques de la planète, en accroissant la consommation et en cherchant des sécurités renforcées grâce à des procédés qui ne respectent pas les équilibres essentiels (exemple des produits phytosanitaires qui en voulant « désinfecter » la planète l’ont rendue plus fragile).  

Trop de pays n’appliquent pas les normes sanitaires requises par négligence ou corruption (exemple des déficiences de contrôle du marché pour les pauvres de Wuhan) et n’acceptent pas d’écouter les lanceurs d’alerte (exemple des médecins chinois réprimés au début de l’épidémie à Wuhan).

Questions proposées :

Qu’avons-nous fait pour rendre possible une telle pandémie ?

Quelles conséquences de l’hyperconsommation et de l’hyperactivisme, souvent liés à la peur du vide ?

Quelles négligences ont provoqué la diffusion de l’épidémie ?

Quelles mesures pour enrayer la pandémie ont été pertinentes ?

Sur le plan politique, des pays démocratiques comme la Corée et Taiwan ont-ils mieux géré la pandémie que la superpuissances prétentieuse américaine, que la dictature Chinoise ou qu’une Europe incapable de se mobiliser ensemble ?

Pistes de travail :

Etablir un diagnostic partagé de ce qui a permis cette pandémie et sa diffusion.

  • Les leçons immédiates à tirer de la pandémie sur divers plans

Dans le monde, l’épidémie de coronavirus a été d’abord un rappel salutaire que l’unité et la force de la vie de l’espèce humaine sont abîmées par le non-respect de notre environnement ; elle a aussi mis en évidence l’importance d’un savoir partagé pour ne pas tomber dans le n’importe quoi et la recherche de boucs émissaires ; elle a enfin montré l’importance des liens fraternels pour surmonter l’épreuve et pour promouvoir notre humanité et notre civisme.

Prévenir et gérer les épidémies, comme aussi organiser le village planétaire pour qu’il reste habitable pour l’humanité, nécessiteront de gérer nos interdépendances et donc plus la coopération entre les nations que le repli et l’affrontement.

Le coronavirus a mis en évidence l’aberration économique, sociale et environnementale d’une division internationale du travail fondée sur l’application de la théorie des avantages comparatifs, jusqu’au plus petit segment de la chaîne de production et de consommation, et du régime de croissance basé sur le profit financier qui en découle. De la pénurie de pièces détachées automobiles à celle du paracétamol, de l’effet du boycott décrété par Donald Trump sur le système sanitaire iranien, en passant par un mouvement de décroissance induit qui finit par rendre plus respirable l’atmosphère des villes chinoises, on assiste à une dramatique leçon de choses sur les dégâts de la mondialisation quand elle devient un processus non maîtrisé par la sagesse de ceux qui recherchent d’aller à l’essentiel, et donc à promouvoir toujours plus d’humanité.

Les multiples conséquences de l’épidémie nous ont rappelé la complexité de notre monde et les multiples interactions qui s’y produisent. En positif, on voit l’importance du tissage des liens. En négatif, en France, les petites querelles politiciennes risquent de ne pas cesser malgré l’appel à affronter unis l’épreuve commune ; par ailleurs, des violences risquent d’apparaitre, les inégalités s’accentuer, des frontières réapparaitre, etc. ; enfin, les plus puissants auront tendance à ignorer les plus faibles et les plus fragiles.

Questions proposées :

Quelles leçons immédiates tirées de cette pandémie ?

Comment sortir de la sidération ?

Cette période nous aidera-t-elle à ralentir, à penser, à discerner pour agir juste ?

Comment la société des écrans qui se renforce pendant la crise va-t-elle évoluer ?

Quelles dynamiques positives et négatives ont eu lieu ?

Pistes de travail :

Etablir un bilan des réactions individuelles et collectives à la pandémie.

  • La préparation du monde que nous voulons après le coronavirus

La pandémie a mis en évidence qu’il fallait réfléchir à ce que nous devons faire après, en particulier aux ruptures nécessaires à effectuer par rapport à nos comportements personnels et collectifs irresponsables comme par rapport à notre façon de préparer notre avenir. Cela nous invite à examiner comment exercer nos responsabilités politiques et culturelles pour privilégier le bien commun sur les intérêts particuliers.

La pandémie du coronavirus nous a rappelé que la solidarité entre nations est indispensable pour affronter les grands défis du monde, les égoïsmes nationaux n’ayant qu’une efficacité courte face aux interdépendances qui n’ont pas de frontières. La difficulté est de trouver le bon équilibre entre des coopérations internationales renforcées et la mise en œuvre autoritaire de normes internationales pour protéger toute la planète.

La pandémie nous rappelle l’importance de rechercher l’essentiel dans nos vies[2], mais aussi collectivement de se poser de multiples questions : celle de nos modes de vie, celle de ce qui est utile ou indispensable de produire, de la façon qu’il est acceptable de produire, etc. Il se posera enfin la question de la sincérité de la conversion à une nouvelle vie.

Questions proposées :

Cette pandémie sera-t–elle un bien ou un mal pour l’avenir de la démocratie ?

Cette pandémie sera-t–elle un bien ou un mal pour l’avenir de la mondialisation ?

Quelle mondialisation voulons-nous ?

L’Etat providence va-t-il être réhabilité ?

Comment promouvoir une conscience mondiale ?

Que rechercher dans des traditions religieuses ou spirituelles qui pourraient inspirer nos actes, nos manières de vivre en société… ?

Quelle civilisation-monde pour sauver notre terre et notre humanité ?

Comment exercer nos responsabilités politiques et culturelles pour privilégier le bien commun sur les intérêts particuliers ?

Quelles priorités de production ?

Pourquoi il a été impossible de prendre des mesures aussi radicales pour lutter contre le changement climatique ?

Quelle éducation et quelle culture pour retrouver le sens de l’essentiel ?

La première des révoltes est-elle intérieure et la première des résistances est-elle spirituelle ?

Pistes de travail :

Organiser la réflexion sur l’avenir du monde, de la Terre et de l’Humanité.

PS Question posée à France Inter le 19/03/20 à Grand bien vous fasse !

OK pour aller à l’essentiel

Peut-on y aller sans vie culturelle et intérieure vivante et sans culture, spiritualité ou religion partagée ? Quelle place pour l’humilité nous permettant les remises en question et les interactions entre transformation personnelle et collective ?

Jean-Claude Devèze

Prochain ouvrage à paraître le 14 mai 2020 :

Vers une civilisation-monde alliant culture, spiritualité et politique, aux Editions Chronique Sociale (Lyon) L’auteur propose de fonder une civilisation-monde en se recentrant sur l’essentiel : un socle solide pour une maison commune et une vision partagée pour l’avenir. Il présente les défis auxquels sont confrontées les cultures personnelles et collectives, examinant l’intérêt d’une alliance entre culture, spiritualité et politique pour promouvoir un humanisme intégral et un universalisme pluriel.


[1] Certaines mesures semblent plus faciles à prendre et à faire respecter dans diverses cultures (exemple des masques plus utilisés en Asie en cas de grippe).

[2] En cette période de carême, il peut y avoir appel au jeûne, à la prière, à la pénitence et à l’humilité.