Sète 2018 : de l’annonce de l’inacceptable à l’annonce faite à Marie

Conférence de Marie-Hélène Boucand, jeudi 5 juillet 2018 à Sète. Photo Michel Gasarian
Chantal Vinson, amie de La Vie a Saint-Pair sur Mer dans la Manche, a assisté à l’unversité d’été des Amis de La Vie à Sète. Elle partage avec nous ce qu’elle appelle son « fil personnel ».

« La santé, un enjeu existentiel, politique, spirituel » Comment ne pas se sentir concerné par ce thème de la santé ? Oui, médecins, soignants, chercheurs, psys, malades et leurs proches, bien-portants, tous nous sommes avant tout des « personnes » avant d’être un organe malade, des spécialistes, ou des contribuables… Chacun a une place à tenir dans la « relation » essentielle à mettre en œuvre !

L’annonce de l’inacceptable

« Dire la vérité, toute la vérité ? J’allais trop vite dans ce travail d’annonce, j’étais tentée par un acharnement de la vérité : Il faut du temps pour entendre, comprendre, saisir et s’affronter à l’inacceptable… ». (Un médecin, philosophe)

Dans la formation médicale, il n’y a pas d’accompagnement préparant à cette annonce : un médecin passionné de théâtre, a mis au point avec un acteur une formation pour sensibiliser les internes au langage non-verbal lors de l’annonce d’une maladie grave. Il est nécessaire de rééquilibrer la formation médicale avec un peu moins de technique et un peu plus de relationnel.

Accompagner, expliquer, être à l’écoute ; passer, pour former les futurs médecins, de la tête « bien pleine » à la tête « bien faite » : « la médecine de la personne ».

Il faut que je m’adapte à la nouvelle situation, cette capacité à trouver une autre norme qui sera différente de celle du retour à la norme organique. La maladie, c’est quand l’énergie ne circule plus. Guérir, c’est s’ouvrir à soi-même et aux autres : les « pourquoi » nous épuisent, les « comment » peuvent nous permettre d’avancer (un médecin devenu malade).

L’attention du soin

Le soin, c’est la relation.

« C’est tout un travail d’équipe, du professeur aux agents de service hospitaliers, en passant par les soignants, le psychologue, l’assistante sociale. Partager nos fragilités en respectant la place de chacun» (une infirmière)

Est-ce que la relation s’apprend ? Oui, car il est nécessaire de faire preuve d’empathie en gardant la distance nécessaire, « en se situant à la juste place, dirait Marie-Hélène Boucand ». Faire preuve d’humilité quand on choisit le métier d’infirmière, car c’est entrer dans la relation de soin. Les échanges en équipe sont essentiels : dans le domaine de la compétence, mais aussi dans le compagnonnage.

L’acte de soigner se situe dans « l’intention » : technicité et humanité peuvent cohabiter.

La place de la famille est essentielle autour du patient : elle a un rôle majeur d’accompagnement. Il y a un travail d’ajustement à mettre en place entre les soignants et les proches.

L’essentiel est parfois réduit au strict minimum de la présence à l’autre dans la relation, dans le silence. Rencontre, présence, être là, chacun à sa place.

L’annonce faite à Marie (Marie-Hélène Boucand)

« Seigneur, voilà que comme un chiffonnier, Vous allez ramassant des déchets, des immondices, Qu’en voulez vous faire Seigneur ?

Le Royaume des Cieux ! »

(Marie Noël).

D’une mort annoncée au choix de la vie : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie ! » (Deutéronome, 30,19)

En écoutant les mots « la miséricorde de Dieu », j’ai entendu : « la misère est corps de Dieu » !

« Nous sommes terrassés, mais non pas anéantis… » (St Paul 2Corinthiens, 4,7) « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort ! » (2Corinthiens, 12,10)

Les amis sont là, même éloignés : « On tient pour toi le quart (dans la prière) ! ».

Geste de me parfumer pour transformer l’innommable en communion avec Dieu…Tenir debout (les deux bouts ?) : à la fois consentir à la réalité et travailler l’Espérance !

L’angoisse de la mort m’a saisie. J’ai alors entendu la parole de l’Ange adressée à Marie lors de l’Annonciation, comme m’étant adressée personnellement « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son Ombre… » : Certitude que Dieu sera là au moment de ma mort ! Jésus a connu cette angoisse à Gethsémani.

Ce qui est important, c’est la largeur de la vie (l’amour et l’humanité) et non sa longueur !

Dans l’épreuve, la traverser, tenir, espérer, nous ne sommes pas seuls !

Chacune de nos vies a une dimension sacrée : la vie est belle malgré tout !

Propos recueillis par Chantal Vinson

(Merci, Marie-Hélène pour votre témoignage bouleversant, lors de l’Université d’été des Amis de La Vie de Sète, développé dans votre livre : « Le corps mal-entendu,  Un médecin, atteint d’une maladie rare, témoigne » de Marie-Hélène BOUCAND)

Sète 2018 : la biographie des conférenciers, artistes, animateurs d’ateliers

Au Lazaret à Sète, le mardi 3 juillet : “Face aux mutations technologiques, toujours plus humains ?” Avec Marc Ychou, cancérologue, et Catherine Bourgade infirmière, cadre de santé.

Ils ont fait le succès de l’université d’été des Amis de La Vie à Sète sur le thème “Notre santé, un enjeu politique, existentiel, spirituel”.

(Pour apprendre à manipuler facilement les documents ci-dessousCliquer ICI)

Découvrez la biographie et la bibliographie des 15 conférenciers.

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Découvrez la biographie des intervenants (méditations, ateliers)

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Sète 2018 : Sous le soleil de Midi le juste

Sète 2018 : Sous le soleil de Midi le juste

A l’ombre de Paul Valéry et de Georges Brassens, 300 lecteurs de La Vie se sont retrouvés au Lazaret, à Sète du 1er au 6 juillet. C’était bon pour le corps, l’âme et l’esprit.

On aurait aimé pousser les murs. Accueillir tous ceux qui ont hésité un jour de trop avant de s’inscrire, partager le bonheur de cette université d’été avec davantage d’élus. En 15 jours, toutes les places étaient prises. Il faut dire que nul ne pouvait se sentir étranger au sujet : « Notre santé, un enjeu politique, existentiel et spirituel ». Chaque participant est venu avec sa valise pleine d’inquiétude et d’espoir, pour soi ou pour un proche, mais gonflé de cette étonnante confiance que nous font nos lecteurs.

Une fois encore, philosophes, médecins, économistes, psychanalystes nous ont fourni de la matière à penser et de la lecture pour des mois. Nous avons beaucoup appris sur l’histoire de notre système de santé, l’épopée de la médecine à Montpellier, percé le mystère du prix délirant des nouveaux médicaments contre l’hépatite C, les maladies rares et certains cancers. Mais l’édition 2018 a été particulièrement marquée l’émotion. « La misère est corps de Dieu » : pour Marie-Hélène Boucand, médecin, philosophe et atteinte d’une maladie rare génétique, c’est une conviction tout simplement vitale. « Préférons les possibles au probable» ont suggéré Valérie Pihet et Emilie Hermant du collectif DingDingDong, institut de coproduction de savoir sur la maladie de Huntington.

Réflexion, émotion, mais aussi fête des papilles (ah la cuisine généreuse du Lazaret !), plaisir d’une baignade juste avant la méditation du matin, joie de chanter en choeur le répertoire de Brassens, de découvrir les vers de Paul Valéry depuis le cimetière marin. On aurait aimé poussé les murs.

Dominique Fonlupt

 

Sète 2018 : La biographie et la bibliographie des conférenciers, artistes, animateurs d’ateliers 

Sète 2018 : La biographie des animateurs des méditations et des ateliers

Sètes- 2018 : Tous les ouvrages de la librairie

Jean Witt à Strasbourg : le plus loin possible dans la voie de l’amour

Jean Witt, chez lui à Weitbruch en Alsace.
Les Amis de La Vie du Bas-Rhin ont invité Jean Witt à témoigner de la façon dont les paroles de son épouse Janine, prononcées au cours des 18 ans de sa maladie d’Alzheimer, l’ont « remis face à Dieu ». Récit.

La plume du silence. C’est par ce premier livre, journal d’un amour plus fort que l’oubli publié en 2007, que Jean Witt a commencé à partager son expérience de la maladie d’Alzheimer. Ancien dominicain, Jean Witt a épousé Janine en 1971. En 1994, elle donne les premiers signes de la maladie. Il se tient à ses côtés pendant les 18 dernières années de sa vie, recueillant ses paroles fulgurantes qui l’ont selon ses propres mots « remis face à Dieu ». Cette conversion est l’objet d’un prochain livre de sa part. Le 6 avril dernier, il est venu en parler à Strasbourg avec les Amis de La Vie.

Le témoignage de Jean

Les paroles de son épouse l’ont beaucoup touché : de même que Janine exprimait sa détresse devant lui, il a compris qu’il pouvait mettre sa propre détresse devant Dieu en reliant les paroles de Janine à des psaumes et à d’autres passages de la Bible. Grâce aux paroles inouïes de son épouse, il a retrouvé les mots pour exprimer sa prière. Paradoxalement, la désorientation de son épouse due à sa maladie, l’a réorienté vers Dieu ; c’est dans sa maladie que Janine lui a le plus montré le grand amour qu’elle éprouvait pour lui. 

Il comprend mieux les trois étapes de sa vie

Si les paroles de Janine l’ont conduit à retrouver son chemin vers Dieu, elles l’ont aussi conduit à réinterpréter la première bifurcation de sa vie, à savoir son départ de l’ordre des Dominicains. Il a désormais une claire conscience que la rencontre de l’amour de Janine était ce qu’il y avait de plus fort en lui. Lorsqu’elle lui a avoué « Je t’aime, tu sais tout », il a davantage été ébranlé que par la parole du prêtre qui l’avait conduit à entrer chez les Dominicains plusieurs années auparavant.

Comme Jean-Paul Vesco (actuellement prieur de la Province de France et évêque d’Oran) le lui a confirmé lorsqu’il a quitté l’ordre, Jean Witt ne fait que changer de chemin pour aller aussi loin que possible dans la voie du grand amour et il est manifeste que l’amour de Janine était bien ce chemin.

Il n’a pas à regretter d’avoir quitté la vie bien réglée de l’ordre car depuis la maladie de son épouse, sa vie n’a jamais été autant réglée, Janine est devenue pour lui un appel à vivre l’amour jusqu’au bout et à persévérer sur ce chemin. Dans un couple, si on ne donne pas plus que soi-même, on ne donne rien et Janine lui a donné plus qu’elle-même, elle lui a donné Dieu.

En conclusion, Jean Witt cite les propos de l’éditeur de son premier livre « ce témoignage poignant d’une traversée à deux de la maladie qui s’est transcendée en un chemin vers Dieu. »

Discussion

Plusieurs interventions portent sur la conciliation de l’amour humain avec l’amour de Dieu. Beaucoup d’apôtres étaient mariés, dont Pierre lui-même, ils n’ont pas eu à choisir entre suivre Jésus ou vivre leur vie de couple. Dans les trois premiers siècles de l’Eglise il était recommandé de choisir comme presbytres, des hommes mariés qui connaissent les problèmes de la famille.

Est-ce significatif que la quasi-totalité des saints soient des célibataires ? Comme si l’amour de Dieu prévalait sur l’amour humain ? Selon Maurice Bellet,  s’il peut y avoir des tensions entre les deux, il ne saurait y avoir concurrence car « l’amour de Dieu ne s’ajoute pas à l’amour humain, il s’y manifeste ».

Le couple ne peut vivre un amour replié sur lui-même car s’il n’est pas en quête d’ouverture, de transcendance, il risque de devenir vite mortifère. Cette problématique est très présente dans la formation des diacres. Quand on aime Jésus-Christ qui est à la fois homme et Dieu, on passe par l’amour humain pour aimer Dieu dans la même personne, c’est tout le mystère de l’incarnation.

La philosophie de ce témoignage c’est le chemin d’Emmaüs : le Christ ressuscité vient nous rejoindre sur nos chemins, quels qu’ils soient, la maladie ou tout autre chose. Ce témoignage est passionnant car il atteste que la réponse à l’appel de Dieu n’est pas incompatible avec l’aspiration à la liberté parce qu’elle s’inscrit dans une relation d’amour.

Plusieurs interventions n’ont pas manqué d’aborder le cas ou un prêtre est amené à quitter son sacerdoce. Le prêtre condense jusqu’à nos jours, de la part de son entourage, un certain nombre de projections : il se trouve investi de certaines qualités, perçu comme une référence et le fait de quitter sa fonction peut être vécu comme une trahison. Un intervenant témoigne du fait qu’en quittant le séminaire, ses condisciples se sont sentis blessés, preuve qu’ils avaient investi en lui  même si cela n’est pas voulu, cela fait partie des effets collatéraux inévitables à cette démarche. Il y aurait de quoi pousser un cri de colère devant les accusations de désertion ou de perversion formulées au cœur de l’Eglise à l’encontre de prêtres qui ont choisi un autre chemin.

Les coups de coeur

Le groupe des Amis du Bas -Rhin termine généralement ses réunions en évoquant les coups de cours de ses membres pour des articles de La Vie, des événements, des projets dont ils ont eu connaissance :

– coup de cœur pour les chroniques de Christophe André dans La Vie durant le carême : il a su employer des termes qui avaient une résonance pour un croyant ;

– coup de cœur pour le carême en ligne des Dominicains qui a su toucher toutes les sensibilités de l’Église ;

– coup de cœur pour le programme d’enseignement interreligieux en élaboration depuis deux ans, pour les collégiens et les lycéens d’Alsace : il a été rédigé en commun avec des catholiques, des protestants, des juifs et des musulmans et perçu avec bienveillance par le Rectorat. Dans ce contexte, le groupe exprime son incompréhension face à l’hostilité à ce projet exprimée par Mgr Laglaize, évêque de Metz qui estime qu’en tant que catholique, il doit transmettre l’héritage catholique.

Philippe Girogetti, avec les Amis du Bas-Rhin

Prochaine réunion du groupe le vendredi 21 septembre à 19h, au presbytère du Christ Ressuscité à Strasbourg.

Les Amis du Loiret … sur la Loire !

Sigloy, jeudi 17 mai, 18h30… 18 membres de notre groupe et 3 amis embarquent sur la Loire à bord d’une gabarre « rien que pour nous ». Les « Passeurs de Loire » – un « barreur » et un naturaliste – nous proposent une belle aventure sur ce fleuve atypique, majestueux mais sauvage, voire dangereux.

Le niveau important de l’eau nous permet d’aller jusqu’à Saint-Benoît-sur-Loire, tandis que notre guide naturaliste nous explique longuement et passionnément la faune – balbuzards, hérons, sternes, loutres, castors, … – , la végétation, les crues, etc.
La gabarre s’amarre à une île, et vient le temps du pique-nique tranquillement partagé avec nos hôtes, qui ont prestement installé tréteaux et planches sur le bateau.
Puis le retour… Le soleil se couche… le moteur est coupé, le bateau dérive doucement, au fil du courant ; un long temps de silence, ponctué seulement par quelques cris d’oiseaux… L’eau est presque lisse, le ciel flamboie, devient rosé, un délicat croissant de lune nous éclaire à peine… Chacun se laisse imprégner de ce moment d’exception ; pas de mots pour décrire ce que nous ressentons.
Vers 22h30, la nuit tombée, nous amarrons à Sigloy, tout surpris d’être déjà de retour.
À Jean-Alain, qui nous a proposé cette soirée puis l’a organisée, il nous reste à dire un très grand merci pour ces instants de magie et de grâce…

Marie-Françoise Jacques-Natali

Premier bilan du Forum social mondial 2018 à Bahia

Premier bilan du Forum social mondial 2018 à Bahia

Le Forum social mondial de Salvador de Bahia s’est déroulé du 13 au 17 mars 2018. Le mot d’ordre retenu était « Résister c’est créer, résister c’est transformer ». Dans cet article découvrez des liens pour lire l’analyse de Gustave Massiah, pionnier du mouvement altermondialiste, une revue de presse et des vidéos pleines d’humour et d’infos.

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